Interview de Gihane Laaouidi –  Pilote chez MarsaMaroc par Céline Rolland – Directrice de l’IPER (Institut Portuaire de l’EM Normandie)

 

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Parlez-nous de votre parcours :

“Après un bac Sciences-maths, j’ai intégré l’ISEM (équivalent marocain de l’ENSM) à Casablanca pour préparer le diplôme de Lieutenant au long cours. Pendant cette période, j’ai navigué sur des ferries, puis des polythermes. Après l’obtention du brevet, j’ai effectué 88 mois de navigation, et obtenu le brevet de second Capitaine. Puis je suis revenue à l’ISEM jusqu’à l’obtention de mon diplôme de Capitaine au long cours.

Ma vocation est le fruit d’une longue « histoire de famille ». J’ai été imprégnée des activités maritimes de mon entourage, notamment par celles de mon arrière-oncle pilote.“

 

En quoi consiste concrètement votre métier ?

“Aujourd’hui, 99 % de mon travail consiste en l’accostage de navires mesurant jusqu’à 300m de longueur et ayant jusqu’à 17m de tirant d’eau. J’avoue que les Commandants des navires sont souvent surpris de voir arriver à leur bord à l’aube une jeune femme maghrébine pour réaliser les manœuvres portuaires pour leur pétrolier, et que certains ne parviennent pas à dissimuler leur légère angoisse ! C’est une fierté pour moi lorsque, une fois l’accostage terminé, les Commandants me font l’accolade avec un large sourire en me félicitant : «  Good job !.La reconnaissance vaut tous les salaires du monde.”

“Mon rythme hebdomadaire est particulier. Je suis d’astreinte en qualité de pilote principal pendant 24 heures, puis en tant que second pilote les 24 heures suivantes. Je bénéficie ensuite de 72 heures de repos. En plus de mes missions de pilote, je participe également à des projets de certification (ISO, environnement, qualité).”

 

Quelles sont vos ambitions futures ?

“A terme, je souhaiterais devenir Chef pilote de station.”

 

Vous êtes l’unique femme pilote d’Afrique et du monde arabe. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

“Un certain sentiment de fierté. Mais celle-ci serait plus grande encore si d’autres femmes choisissaient la même voie que moi.”

 

Quel message adresseriez-vous aux femmes qui souhaiteraient se lancer dans une telle carrière ?

«Foncez, n’écoutez pas les mauvais avis, croyez en vous ! ». Ce qu’elle vit est « une certaine façon d’exprimer (s)a liberté ». Et elle entame alors le poème de Charles Baudelaire « L’homme et la mer » en le féminisant : « Femme libre toujours tu chériras la mer… ».

 

Vous êtes récemment venue au Havre, dans le cadre du parcours pilotage organisé par l’IPER pour MARSA MAROC, en partenariat avec la station de pilotage du Havre

“Ce séjour m’a rappelé beaucoup de souvenirs de voyage, du temps où je travaillais sur des navires frigo entre l’Amérique Latine et Dieppe (ou Saint-Pétersbourg parfois). C’est un voyage dans le temps !”

 

Par ailleurs Gihane a été « impressionnée » par les manœuvres expertes et très fines des pilotes du Havre qui font un vrai « travail de chirurgien ». Elle déclare aussi avoir beaucoup apprécié les contacts avec ses interlocuteurs havrais et termine ainsi : « Je reviendrai sûrement…et je viendrai vous voir ».

 

Alors bon vent Gihane et à bientôt !