La diplomatie du bambou 

Photo : La diplomatie du bambou 

En Asie, le Vietnam s’est imposé comme « l’État connecteur » entre Washington et Pékin. 

Parviendra-t-il à transformer ses dépendances aux grandes puissances en avantage géopolitique ?

POINTS CLEFS

  • Le Vietnam a réalisé en 2025 une croissance de 8,02 %, portée par les exportations (environ 475 milliards de dollars), les IDE et l’investissement public en infrastructures.
  • Une double asymétrie structurelle caractérise son insertion dans la mondialisation : plus de 32 % des exportations sont destinées au marché américain, tandis que près de 41 % des importations proviennent de Chine.
  • Les entreprises à capitaux étrangers représentent environ 73 % des exportations en 2023, témoignant d’une dépendance forte aux flux de capitaux et de technologies extérieurs.
  • La Chine est devenue en 2023 le premier investisseur en nombre de projets (472), contournant en partie les tarifs douaniers américains via le Vietnam.
  • Sous l’impulsion du Secrétaire général Tô Lâm, un « quatuor » de résolutions stratégiques (n° 57, 59, 66 et 68 du Bureau politique du Parti Communiste Vietnamien) trace la feuille de route d’une croissance à deux chiffres fondée sur l’innovation, le secteur privé et l’intégration internationale.
  • L’objectif affiché : faire du Vietnam un pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure d’ici 2030 et un pays à revenu élevé d’ici 2045.

Avec un commerce extérieur (exportations et importations cumulées) avoisinant 930 milliards de dollars — soit plus de 170 % du PIB — le Vietnam figure parmi les économies les plus ouvertes de la planète 1. Cette dynamique repose sur trois piliers indissociables : les exportations manufacturières, les investissements directs étrangers (IDE) et les dépenses publiques d’infrastructure. Mais cette ouverture record s’accompagne d’une exposition tout aussi exceptionnelle aux chocs externes, qu’ils soient géopolitiques, financiers ou énergétiques.

Un dicton populaire, fréquent dans les conversations vietnamiennes, résume avec ironie le dilemme stratégique du pays : « Theo Mỹ thì mất Đảng, theo Trung Quốc thì mất Nước » (« Suivre les Américains, c’est perdre le Parti ; suivre les Chinois, c’est perdre la Nation »). Entre ces deux écueils, Hanoï a choisi la voie médiane de la « ngoại giao cây tre », la « diplomatie du bambou » officialisée par le précédent Secrétaire général Nguyễn Phú Trọng 2.

Le modèle de la double asymétrie

L’ouverture vietnamienne prend une forme géo-économique singulière : le pays vend principalement aux États-Unis ce qu’il produit avec des intrants achetés à la Chine. 

Cette double asymétrie — commerciale envers Washington, productive envers Pékin — constitue le socle du modèle comme on peut le voir sur les figures infra.

En 2025, les exportations du Vietnam ont atteint environ 475 milliards de dollars, dont 153 milliards vers les États-Unis (premier marché), suivis de la Chine (67,5 milliards), de l’Union européenne (57,8 milliards), de la Corée du Sud (31,4 milliards) et du Japon (25,6 milliards) 3. En parallèle, près de 41 % des importations vietnamiennes proviennent de Chine, dont des machines, des composants électroniques, des biens intermédiaires, des textiles techniques ou des intrants chimiques, qui alimentent les usines du delta du fleuve Rouge et du sud-est du pays. 

Le Vietnam fonctionne ainsi comme une plateforme de transformation et de réexportation au cœur des chaînes de valeur sino-américaines : un nœud intermédiaire dans un flux de biens, de capitaux et de technologies qui relie, malgré la guerre commerciale, les deux superpuissances.

Le contournement discret de la guerre commerciale

Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en 2025 a profondément remodelé le paysage commercial mondial. Au 14 novembre 2025, les droits de douane américains moyens sur les importations chinoises atteignaient 47,5 %, contre 31,9 % pour les droits chinois sur les produits américains. Le 9 avril 2025, lors du pic de la guerre commerciale, ces tarifs avaient brièvement culminé à 135,3 % côté américain et 147,6 % côté chinois, avant un repli négocié.

Face à cette barrière douanière, les entreprises chinoises ont massivement relocalisé une partie de leur production destinée au marché américain. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2024, la Chine est devenue le troisième investisseur étranger au Vietnam en capital, et le premier en nombre de projets avec 955 approuvés, contre 462 pour Singapour et 410 pour la Corée du Sud.

Le stock d’IDE chinois au Vietnam a connu une accélération spectaculaire depuis 2020.

La suite sur Le Grand Continent.

Auteur(s)

Photo : Polémique autour de Master Poulet à Saint‑Ouen : existe‑t‑il un lien entre fast‑food et désertification du centre‑ville ?

Polémique autour de Master Poulet à Saint‑Ouen : existe‑t‑il un lien entre fast‑food et désertification du centre‑ville ?

L’opposition du maire de Saint-Ouen, en région parisienne, à l’ouverture d’un restaurant de l’enseigne Master Poulet dans sa commune pose la question de la place de la restauration rapide dans les centres-villes. La multiplication de ces enseignes est parfois accusée d’en accélérer la désertification. À moins que ce ne soit l’inverse ? Qu’en dit la […]

Lire la suite

Photo : Ce que nous apprend la crise du Covid pour les commerces de proximité : une digitalisation à visage humain existe

Ce que nous apprend la crise du Covid pour les commerces de proximité : une digitalisation à visage humain existe

Une tribune publiée en exclusivité sur The Conversation. Au cours de la pandémie de Covid (2020), certains commerçants ont accéléré leur numérisation en employant les moyens du bord. Que nous enseigne ce bricolage entrepreneurial ? Constitue-t-il un modèle à dupliquer ? Quand on parle de transition numérique, on pense souvent aux multinationales, aux start-ups de […]

Lire la suite