10 propositions sur l’égalité femmes-hommes dans l’entrepreneuriat

Un article publié sur Maddyness avec Marie-Hélène Duchemin, enseignante-chercheuse à l’EM Normandie.

Entre discrimination positive, féminisme radical, féminisme social ou laisser-faire, depuis plusieurs années déjà la question de l’entrepreneuriat des femmes est au cœur de nombre de discussions et suscite le débat au risque de renforcer le clivage Femmes/Hommes.

La crise sanitaire nous a contraint à repenser nos modes de fonctionnements. Si pour certains, la quête d’harmonie trouve réponse dans un départ précipité de la ville pour de vertes prairies, d’autres migrent du salariat vers l’entrepreneuriat en créant leur propre emploi. À la faveur du digital, des applications collaboratives ou contributives, le télétravail est de mise et répond aussi à certains besoins des entrepreneurs de la crise : équilibre de vie, solidarité, productivité, liberté.

Crise sanitaire ou pas, au lendemain du 8 mars 2021, l’entrepreneuriat des femmes fait toujours débat. Entre discrimination positive, féminisme radical, féminisme social ou laisser-faire, depuis plusieurs années déjà la question de l’entrepreneuriat des femmes est au cœur de nombre de discussions et suscite le débat au risque de renforcer le clivage Femmes/Hommes.

Force Femmes, Les Premières, Girls in Tech, Femmes de Bretagne, Bouge ta boîte, Mampreneurs de France… Autant de dispositifs nés pour dynamiser l’intention d’entreprendre des femmes et faciliter le passage à l’acte. En mars dernier, l’INSEE publiait « les femmes représentent la moitié des actifs mais seulement trois créateurs d’entreprises sur dix » . Au niveau institutionnel un plan interministériel à l’égalité professionnelle 2016-2020 avait été lancé avec pour objectif 40% de femmes entrepreneurs en 2017. Nous en sommes loin ! La France affiche aujourd’hui un taux de féminisation de l’entrepreneuriat s’élevant difficilement au-dessus de 30% tout statut juridique confondu. Aux États-Unis, pays de l’entrepreneuriat décomplexé ou la discipline est enseignée dès l’école primaire, le taux de féminisation est de 48%.

Les Françaises sont certes de plus en plus nombreuses à entreprendre mais dans des structures de petite taille avec moins d’ambition de croissance, en témoigne les 40% des nouveaux micro-entrepreneurs femmes (Insee 2019). Comment faire progresser l’entrepreneuriat français et quitter une bipolarisation installée qui ne cesse de comparer les femmes et les hommes au risque de dévaloriser celles qui souhaitent entreprendre? Quelles sont les mesures à adopter pour parvenir à plus d’égalité hommes- femmes dans l’entrepreneuriat français ?

Dix propositions inspirées du marketing phygital et issues de travaux de recherche sont présentées pour un entrepreneuriat français audacieux :

1. Réorganiser et retravailler l’écosystème entrepreneurial grâce au digital sur les
territoires pour plus de lisibilité — Les dispositifs dédiés à la femme qui entreprend sont trop nombreux et, en silo, ils poursuivent leur développement. Les processus sont opaques, les spécificités des dispositifs sont floues, l’individualisme empêchant toute stratégie globale et vue d’ensemble. Attention au manque de clarté du maillage qui met en péril l’orientation de la femme ou de l’homme qui porte un projet. La solution : un travail main dans la main dans les régions pour une seule voix.

2. Instaurer davantage de mixité pour enrayer un clivage Femmes/Hommes dans
l’entrepreneuriat au risque de renforcer les représentations de genre — Invitons et initions celles et ceux qui en ont besoin à rejoindre plus facilement les réseaux d’affaires. Maintenons un accompagnement sexo-spécifique (exclusivement en groupe de femmes) utilisant l’entre-soi pour lever les freins lors de l’émergence du projet si le besoin s’en fait ressentir mais favorisons la mixité dès la phase technique. En ces périodes de confinement et de couvre-feu : webinar, podcast, chaine youtube se font coachs personnalisés.

3. Créer un guichet unique — Mettre en place une plateforme à l’échelle nationale permettrait de détecter les besoins du porteur, femme comme homme, à partir d’un formulaire orientant ensuite la créatrice comme le créateur vers l’accompagnement qui lui convient (individuel, collectif, tutorat, mentorat, psychologique, technique…).L’intelligence artificielle devient la réponse pour orienter vers le parcours adapté.

4. Former les accompagnateurs  — Trop souvent les conseillers sont salariés et n’ont jamais créé d’entreprise. La question de l’efficacité et de la performance des dispositifs se posent alors. Celle de la légitimité et de la crédibilité, aux yeux de celle ou celui qui crée tout autant ! Former les accompagnateurs et renforcer les équipes par des entrepreneurs accomplis semble essentiel. Zoom, Discorde, Teams, utilisons ces outils pour la formation continue des accompagnateurs.

5. Simplifier et alléger — créer son entreprise en France est chose facile sur le papier mais les étapes et les barrières sont nombreuses : statut juridique, formalités fiscales, enregistrement, statut du chef d’entreprise, sécurité sociale, accès au financement, financements privés sont autant de difficultés rencontrées qui freinent l’élan entrepreneurial. Nos institutions doivent simplifier les formalités et le système, ne serait-ce que pour la protection du chef d’entreprise lui-même, tout en allégeant les démarches. Dématérialisons l’ensemble du process.

6. Médiatiser — Entreprendre en France ne doit pas être tabou. Se cacher, ne pas oser entreprendre par peur de la pression sociale ou d’être confronté au clivage patronat / salariat…tout autant d’entraves aux vocations. Entreprendre nécessite de l’engagement, de la prise de risques et le parcours de l’entrepreneur est fait de victoires mais aussi de défaites. Invitons femmes et hommes, quel que soit leur profil, à témoigner ouvertement au plus grand nombre pour donner envie, qu’ils soient ambassadeurs de l’entrepreneuriat français pour « Marrainer »/« Parrainer » nos entrepreneurs de demain. L’exemple de Face Normandie et se l’ouverture en phygital de la seconde édition de Wifilles.

7. Désinhiber et inspirer l’entrepreneuriat dès le plus jeune âge — En intégrant à l’école primaire des dispositifs entrepreneuriaux qu’ils soient associatifs ou d’affaires, il est essentiel d’insuffler l’esprit d’entreprise à nos têtes blondes pour un entrepreneuriat français décomplexé. Mettons en place un système d’heures Pro Bono pour chaque entrepreneur ouvrant à déduction fiscale. Webinar et vidéos : des solutions simples, gratuites et pratiques pour témoigner.

8. Former les enseignants — Intégrons l’entrepreneuriat en invitant les chefs d’entreprises dans les écoles, collèges, lycées, universités et en permettant aux enseignants de découvrir le milieu des entreprises (stages et formations).Table ronde et « vis ma vie » en distanciel comme en présentiel pour un temps découverte et co- apprentissage.

9. Digitaliser — En développant pour l’enseignement, et ce dès le primaire, des modules pédagogiques : gamification, réalité virtuelle, simulation contribuant à davantage de réflexion, créativité et ouverture du champ des possibles pour nos écoliers, collégiens, lycéens, étudiants et leurs enseignants.

10. Accélérer les actions institutionnelles — Avec un cadre législatif plus contraignant mais incitateur par la mise en place d’un ésmall business acté (mise en relation, annuaires, accès aux appels d’offres publics…) et en sensibilisant aux représentations sociétales les chefs d’entreprises et les salariés.

Entreprendre devrait se conjuguer au masculin comme au féminin avec tout le naturel possible pour parvenir en France, à une égalité femme/homme et faire que demain il n’y ait plus un entrepreneuriat féminin et un entrepreneuriat masculin mais une seule voix celle de l’entrepreneuriat français.

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