Un article publié sur Paris Normandie, avec le regard d’Angélique Chassy, professeure en sciences économiques à l’EM Normandie.
Il avait fait de sa victoire à la mairie du Havre un préalable vers la fonction suprême. Réélu confortablement dans sa ville, l’ancien Premier ministre normand peut aujourd’hui mettre le cap vers l’Élysée. Même si de nombreuses questions se posent. Comme celle de sa succession. Un 3e mandat pour le maire du Havre. Après ce nouveau succès électoral, Édouard Philippe peut regarder plus loin. Vers l’Élysée…
En pleine instabilité politique, le 3 septembre 2024, après la dissolution de juin, celui qui peaufinait son image de présidentiable depuis longtemps officialise sa candidature à l’élection présidentielle. Avant d’annoncer trois jours plus tard à Paris Normandie qu’il brigue un 3e mandat à la mairie du Havre. Édouard Philippe a lui-même lié ses ambitions nationales à son score local, répétant depuis des mois que s’il « échouait à convaincre les Havrais » lors des municipales, il ne « serait pas en bonne position pour convaincre les Français ». Voici la première étape franchie. Comment l’ancien Premier ministre (2017-2020) d’Emmanuel Macron, qui ouvre une nouvelle page de son aventure politique, va-t-il réussir à concilier succès municipal et destin national ?
1 – Un sujet essentiel pendant la campagne
La campagne municipale havraise, atypique en raison du profil du maire sortant qui regardait en même temps vers l’Élysée, restera marquée par ce sujet national. Ce dernier a même lourdement pesé sur le scrutin, suscitant critiques de ses adversaires et interrogations de la population. Deviendra-t-il un maire à mi-temps, voire absent de la cité océane ? « On ne peut pas dire qu’il n’a pas été transparent vis-à-vis de son électorat qui connaissait avant le vote son envie de se présenter ailleurs. II y a eu une forme de clarté. Il aurait pu attendre la fin des municipales », analyse Angélique Chassy, professeure en sciences économiques à l’EM Normandie, ancienne élue pendant douze ans à Pont de l’Arche (Eure), chercheuse sur les expériences locales et la participation citoyenne.
A contrario, d’autres observateurs pointent du doigt le manque de lisibilité de l’ex-maire sortant-candidat. Comme Michel Ségain, ancien transitaire et ex-président de l’importante UMEP (Union maritime et portuaire), association havraise regroupant des centaines d’entreprises, longtemps soutien d’Édouard Philippe. Il a communiqué sur ses réseaux sociaux, provoquant des milliers de réactions. Contacté, celui qui s’exprime à titre personnel, remarque que « l’avenir et la succession ne sont pas des questions secondaires vu le contexte économique actuel. Il en va de l’image de la ville. »
2 – Il n’est pas le premier à jouer sur les 2 tableaux
En tout cas, comme l’observe Angélique Chassy, « rien n’empêche un maire de devenir président de la République. La Constitution ne stipule pas vraiment une clause très franche là-dessus (…) Un maire est en capacité de dire jusqu’où il peut aller en termes de disponibilité, de délégation. Dans la pratique, ce n’est pas nouveau. » Jacques Chirac avait fait de l’hôtel de ville de Paris (1977-95) l’antichambre de l’Élysée. Il a lâché la mairie la veille d’arriver au pouvoir, en 1995. « Édouard Philippe renoue avec la tradition de l’assise locale pour prétendre à une expérience nationale, ce qui avait été éclipsé par le parcours d’Emmanuel Macron », précise Fabien Bottini, consultant politique, qui a enseigné les premières années à l’université du Havre où il a grandi.
3 – Qui pour prendre les rênes du Havre ?
Le patron d’Horizons, le parti qu’il a fondé en 2021, se projette dans l’après-municipales avec une campagne présidentielle déjà commencée. Même si son équipe affirme, 48 heures avant le second tour des municipales, qu’elle ne débutera qu’à la rentrée et qu’Édouard Philippe aura toujours la poignée. Un meeting serait néanmoins déjà prévu le 12 avril 2026 à Paris.
Sur la question de la succession, le Normand botte régulièrement en touche, évoque le rôle du premier adjoint, comme il l’avait fait en arrivant à Matignon. Ou en pensant à son mentor et au précédent maire Antoine Rufenacht, qui avait délégué auprès de sa première adjointe Agathe Cahierre lorsqu’il est devenu directeur de campagne de Jacques Chirac en 2002. Sur la photo de famille électorale, trois têtes dépassent. Des proches : l’actuel premier adjoint Jean-Baptiste Gastinne, mais aussi la députée Agnès Firmin Le Bodo et la sénatrice Agnès Canayer. Ces deux dernières devront d’ailleurs lâcher leur mandat parlementaire pour prétendre à une fonction d’adjointe. Se mettant dans la peau de celui qui n’est pas le favori à la présidentielle, le candidat du centre-droit -distancé par le RN mais toujours le mieux placé pour porter les couleurs du bloc central en 2027 selon une étude Ifop-Fuducial de début mars- lie l’avenir au Havre à beaucoup de « si ». Même si l’horizon a pour nom l’Élysée.