Pénurie de semi-conducteurs : réflexions, solutions et priorités

Photo : Pénurie de semi-conducteurs : réflexions, solutions et priorités

Lignes de production d’automobiles à l’arrêt, craintes sur la production des jouets pour Noël, entreprises qui voient leur délai de livraison s’accroître de plus en plus… Si beaucoup ignoraient encore, il y a maintenant plus d’un an, ce qu’étaient les semi-conducteurs, leur absence même a révélé au monde entier à quel point nous en étions dépendants.

Au-delà du secteur lui-même, la pénurie que nous connaissons interroge les entreprises utilisatrices (dans l’électronique grand public, l’automobile, l’électroménager…) mais aussi les politiques qui s’inquiètent de notre dépendance vis-à-vis de l’Asie Pacifique et appellent de leurs vœux une « souveraineté technologique » dans le domaine.

Cette souveraineté totale, outre le fait qu’elle est extrêmement difficile à obtenir, n’est pas forcément souhaitable. Pour limiter les conséquences d’autres chocs (qui ne manqueront pas de se produire), deux solutions semblent émerger.

Pour Mathilde Aubry, enseignant-chercheur, porteur de la Chaire management de la transformation numérique de l’EM Normandie :

« L’annonce présidentielle semble bien rassurante pour les entreprises ne parvenant pas à se procurer ces biens intermédiaires à la base de la production (dans l’automobile, l’aéronautique, les jeux vidéo…) pourtant plusieurs points sont inquiétants : les sommes annoncées, alors qu’une seule usine peut coûter près du double (aux Etats-Unis, Intel vient d’annoncer la construction de deux entreprises de 10 milliards d’euros chacune ; la taïwanaise TSMC, par exemple, a promis de consacrer 100 milliards de dollars à l’augmentation de ses capacités de production alors même qu’elle est déjà la plus grande productrice de semi-conducteurs au monde…). Par ailleurs, sur un secteur demandant des infrastructures aussi lourdes, est-il pertinent de s’exprimer à l’échelle nationale et pas à l’échelle européenne ? Et quels types de semi-conducteurs seront produits sur le territoire : les semi-conducteurs de dernière génération ou ceux que recherche le secteur automobile par exemple, moins à la pointe ? »

À l’échelle européenne, il paraît indispensable de soutenir le secteur et ses utilisateurs en se concentrant plus spécifiquement sur les filières les plus stratégiques comme la e-santé ou encore la défense. À l’échelle des entreprises, il semble important de redévelopper des relations verticales entre fabricants de semi-conducteurs et entreprises productrices de biens finaux.

Face à la pénurie que nous connaissons depuis maintenant plus d’un an et qui ne semble pas prête à s’atténuer, les solutions se multiplient. Par exemple, « les financements de l’Alliance microélectronique présentée en décembre par 18 pays européens dont la France, sont importants : 20 à 30 milliards d’euros « pour commencer » avait dit le Commissaire UE Thierry Breton, et jusqu’à 20 % du plan de relance soit 145 milliards d’euros pour des puces de quatrième génération avec une finesse de gravure inédite (2-3 nm)2 ». Cependant la question est : pourquoi si tard ? En 2008 (il y a 13 ans !), le sénateur Claude Saunier publiait un rapport très documenté intitulé « L’industrie de la microélectronique : reprendre l’offensive».

Ce rapport était annonciateur de ce que nous vivons actuellement. L’auteur s’inquiétait alors que : l’Europe renonce à produire les composants et préfère se spécialiser dans la conception des circuits. Il estimait « qu’une telle orientation conduirait à terme à la disparition de la microélectronique européenne et à la perte de compétitivité globale de pans entiers de l’économie ». Nous y sommes et la crise actuelle ne fait que le mettre en lumière. De plus, ces mesures sont-elles pertinentes ?

Les entreprises sur le territoire français, manquant de semi-conducteurs, sont obligées de fermer sur des périodes plus ou moins longues : c’est frustrant et douloureux, d’autant que cela a des conséquences sur les salariés mis en chômage partiel. La solution semble simple : il faut augmenter la production et surtout produire sur le territoire. Malheureusement, en stratégie, la facilité est souvent de mauvais conseil. Pour évaluer ce point, il est nécessaire de comprendre ce secteur d’activité.

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    Mathilde Aubry Titulaire de la Chaire "Management de la Transformation Numérique" - Professeur associé en économie

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