Mutation de l’industrie : industrie du futur ou futur de l’industrie ?

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La question de l’industrie resurgit au premier plan ces dernières années et plus particulièrement avec force ces derniers mois de crise sanitaire que nos sociétés traversent. Les débats récents sur la relocalisation d’un certain nombre de productions industrielles plus proches de nos marchés de consommation (“Vers la renaissance industrielle” d’Anaïs Voy-Gillis et Olivier Lluansi, éditions Marie B, 2020) , ou encore du « Made in France », témoignent de ce « retour à l’industrie » dans les projets sociétaux de développement de nos pays européens et dans nos territoires. Et si l’industrie était en mutation ?

Industrie du futur, ça veut dire quoi ?

Industrie du futur ? Industrie 2 puis 4.0 ? Il est certain qu’il est difficile de donner une définition stabilisée. Sans doute que la modernisation des outils de production via la digitalisation et l’utilisation plus massive des nouvelles technologies dans les procédés de fabrication et les produits fabriqués incite à parler d’industrie du futur. D’autres éléments très importants comme les enjeux sociétaux et environnementaux poussent également à s’interroger sur ce qu’est l’industrie dans un avenir proche, si ce n’est maintenant ! Car oui, parler d’industrie du futur c’est en donner les bases maintenant.

Les bases de cette nouvelle industrie en mutation

Beaucoup d’efforts ont été conduit depuis une quinzaine d’années par les acteurs publics et privés pour moderniser l’appareil de production et renforcer les innovations dans l’industrie et la R&D liée à ce secteur. Cela s’est traduit par une politique publique de labellisation de grande ampleur à partir de 2005, celle de la stratégie des pôles de compétitivité. Celle-ci est complétée par un développement de clusters et de grappes d’excellence dont beaucoup ont une vocation industrielle et de développement des innovations dans les entreprises et organisations productives. Les schémas régionaux de développement économique et d’innovation et les stratégies de développement de l’économie des territoires sont des plans et programmes cadres pour amener les entreprises à participer à cet effort d’innovation.

Un renforcement de cette stratégie de plus d’innovation dans les entreprises a été entrepris récemment avec la French Tech et la labellisation des Territoires d’Industrie , où le volet de l’industrie 4.0 et innovante est bien présent.

On comprend bien alors qu’avec l’ensemble de ces dispositifs et initiatives que de plus en plus l’industrie et les territoires sont liés dans un avenir commun. La crise de la COVID-19 a révélé les besoins forts d’ancrage de nos activités productives et stratégiques et plus proches des bassins de consommation, afin de limiter ou d’éviter les ruptures d’approvisionnement des produits, de même que de rapprocher ces industries des bassins de main d’œuvre et régénérer des emploiset notamment ‘renouvelés en matière industrielle’. C’est-à-dire à plus forte valeur-ajoutée et des emplois plus qualifiés.

De ce point de vue, l’industrie du futur est certainement d’abord une industrie qui est connectée : connectée aux différents réseaux numériques effectivement grâce aux nouvelles technologies de l’information et de la communication et qui s’inscrit alors dans la transition numérique.

Connectée aussi avec son écosystème environnant, c’est-à-dire l’ensemble des acteurs économiques et sociaux, et de plus en plus environnementaux, afin de mieux cerner les enjeux de sa place dans cet écosystème et dégager des valeurs et des sources de profitabilité plus vertueuses.

Ces liens avec l’écosystème s’incarnent en particulier avec les collectivités locales qui accueillent ces industries, mais aussi des collaborations avec des centres de recherche (publics et privés). Ce qui au final renforce les potentiels d’innovations et le dépôt de brevets conduisant vers des marchés plus porteurs.

A n’en pas douter, l’industrie d’aujourd’hui est entrée dans une nouvelle ère avec une accélération de ses transformations dues aux injonctions du développement durable et à la transformation digitale. Les imprimantes 3D et l’intelligence artificielle se mettent de plus en plus au service de productions et doivent répondre à des nouveaux usages de la société. L’industrie du futur est certainement aussi celle qui s’inscrit davantage dans le milieu urbain et métropolitain car elle y trouve des compétences de haut niveau et des réseaux de connexions vers les hubs internationaux et les investissements. Cependant, elle ne doit pas oublier les régions dites plus périphériques et ainsi continuer de contribuer à des formes de cohésions sociales et de structuration territoriale.

L’enjeu est alors pour les formations d’ingénieurs et de managers qui se destinent à des fonctions et missions dans le secteur de l’industrie, de pouvoir expliciter et anticiper les grands défis des mutations récentes et à venir.

Auteur(s)
  • Photo :

    Fabien Nadou Professeur associé en développement territorial d'économie régionale

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