L’innovation ouverte : l’autre explication de la suppression de 400 postes chez Sanofi

Une tribune de Roland Condor à lire en intégralité sur L’Express.

On reproche à Sanofi de tailler dans ses effectifs de recherche. Mais, comme l’ont prouvé Pfizer et AstraZeneca, l’avenir est aux petites structures agiles, explique Roland Condor dans une tribune.

L’annonce de 400 suppressions de postes dans la recherche et développement française par le laboratoire pharmaceutique Sanofi lundi a suscité l’émoi et des interrogations de plusieurs organisations, syndicats en tête. Ces derniers se sont notamment étonnés que la multinationale taille dans ses effectifs de recherche alors que les besoins en vaccins contre le Covid-19 sont largement insatisfaits et que Sanofi Pasteur est un des leaders mondiaux en matière de conception et de fabrication de vaccins. Plus tôt, on avait appris que Pfizer, le principal fournisseur de vaccins contre le Covid aujourd’hui en Europe n’allait pas tenir son calendrier de livraisons. Forts besoins de vaccins d’un côté et annonce de suppressions de postes dans la recherche et le développement de Sanofi de l’autre : cherchez l’erreur !

Ce que les organisations syndicales ont omis, c’est que la recherche et développement internalisée, c’est-à-dire organisée au sein du laboratoire, n’est plus le paradigme dominant dans l’industrie pharmaceutique. Aujourd’hui, les laboratoires innovent en mode ouvert, c’est-à-dire en collaboration avec des start-up des biotechnologies (les biotechs). Ces dernières se chargent du développement clinique des médicaments (de façon autonome en début de processus puis de façon négociée si elles contractualisent avec un laboratoire). Ces mêmes start-up travaillent elles-mêmes en mode ouvert : le plus souvent avec la recherche universitaire, en participant aux travaux de recherche ou en rachetant les droits sur des découvertes fondamentales. Cette innovation ouverte a connu un fort développement au cours des vingt dernières années. La plupart des gros laboratoires pharmaceutiques estiment en effet qu’il vaut mieux laisser l’initiative des essais cliniques aux start-up (au moins les premiers) quitte à prendre le contrôle de celle-ci ou d’un programme recherche ultérieurement moyennant d’importantes contreparties financières. 

La preuve avec les vaccins contre le Covid

Les deux entreprises qui ont pris le leadership sur les vaccins contre le Covid (Pfizer et AstraZeneca) ont toutes les deux opté pour l’innovation ouverte. Pfizer s’est alliée à l’entreprise allemande BioNTech tandis qu’AstraZeneca travaille avec l’université d’Oxford. Pfizer est le premier groupe pharmaceutique mondial : il réalise près de 50 milliards de dollars de chiffre d’affaires par an et emploie près de 90 000 personnes. A côté, avec ses 1300 personnes et son chiffre d’affaires de 90 millions d’euros BioNTech est une petite entreprise. Mais elle est agile : elle a été créée en 2008 par des chercheurs spécialisés dans l’ARN messager. Leur équipe de recherche n’a mis que quelques mois pour imaginer le vaccin contre le Covid avant qu’un contrat ne soit signé avec Pfizer. AstraZeneca a fait encore plus fort en allant contractualiser directement avec la source : les chercheurs universitaires de l’Institut Jenner d’Oxford. Dans les deux cas, mais aussi chez les outsiders (Moderna, Curevac…), c’est le même refrain : la recherche s’appuie sur l’expertise d’entreprises plus petites, plus jeunes et plus agiles pour innover et répondre aux besoins sanitaires.

L’innovation ouverte est finalement l’autre explication de dégraissage annoncé de Sanofi qui, effectivement, peine à développer un vaccin ou en tout cas à communiquer sur ses avancées cliniques. Les récentes découvertes autour des vaccins contre le Covid et le leadership construit par les collaborations Pfizer-BioNTech et AstraZeneca-Oxford montrent bien que l’innovation rapide vient des collaborations externes (à condition de bien choisir les partenaires). Sanofi, qui ne signe pas beaucoup de deals avec des start-up contrairement à certains de ses concurrents, a sans doute péché par manque d’innovation ouverte.  

La réduction d’effectifs a démarré bien avant l’irruption de la crise sanitaire mais l’avance des concurrents en matière de vaccins contre le Covid et alors que les vaccins sont l’une des pièces maîtresses du portefeuille de produits de Sanofi a sans doute été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Espérons maintenant que les personnes perdant leur emploi puissent rebondir en offrant leurs services dans une industrie qui a plus que jamais besoin de chercheurs et de personnels administratifs pour mener à bien tous les défis qui s’impose à elle.

Auteur(s)

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