Soins et services : « Il existe de vraies inégalités territoriales »

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Doyen délégué de la Faculté Campus de Caen et enseignant-chercheur à EM Normandie, le professeur en géographie économique Sébastien Bourdin rappelle que certains territoires, notamment ruraux, restent sous-dotés en offre de soins et de services. Un article à lire sur Les Échos.

Quelles sont les raisons des disparités territoriales en matière d’accès aux soins et services ?

Il existe de vraies inégalités territoriales dans l’offre d’accompagnement. Dans le cas des personnes âgées, cela tient notamment au fait d’une répartition géographique disparate des seniors. Si 75 % des retraités vivent en milieu urbain, certains départements, pour la plupart maritimes, les attirent tout particulièrement.

Ainsi, les Alpes-Maritimes, la Charente-Maritime, l’Hérault, le Morbihan et le Var forment-ils le Top 5 des départements les plus attractifs, ce qui peut créer une surpression sur l’offre de soins et de services, de facto inférieure à la demande. Sans oublier que les déserts médicaux existent toujours et que les territoires ruraux restent sous-dotés en solutions destinées aux aînées.

Quelles sont les solutions pour rééquilibrer la géographie de l’offre ?

Les régions, départements et intercommunalités ont conscience qu’il y a un marché de la silver économie , c’est-à-dire que les seniors représentent une manne financière. En effet, nombre de retraités génèrent une importante activité économique en pratiquant le tourisme, en consommant l’offre culturelle, en fréquentant les commerces de détail, etc. Résultat, les territoires se font concurrence pour attirer les personnes âgées, mais l’offre de soins et de services ne suit pas toujours.

Certes, les pôles de santé ont permis de réduire en partie la problématique des déserts médicaux. Mais il est fondamental d’aborder la question sous un angle plus large. Par exemple, dans les territoires maritimes attractifs auprès des retraités, le coût de l’immobilier explose, ce qui rend difficile l’accès au logement pour les personnels de soin.

Les nouveaux acteurs proposent-ils des réponses à ce problème global ?

Effectivement, les start-up se révèlent plus volatiles du fait de solutions numériques qui leur permettent de s’affranchir des frontières géographiques. De surcroît, la crise sanitaire du Covid-19 a contribué à « faire avancer le Schmilblick » sous certains aspects. Comme il était demandé aux personnes âgées, par nature plus vulnérables, de rester chez elles, des solutions innovantes ont été mises en place : livraison des courses à domicile, transport à la demande en minibus, etc.

De manière générale, le sujet a été pris à bras-le-corps. Mais les territoires qui réussissent le mieux sont ceux qui s’appuient sur une vraie gouvernance territoriale et qui mettent autour de la table tous les acteurs – publics, économiques, associatifs – au service des aînés.

Pour aider à la mise en place d’une gouvernance territoriale, un label comme Villes Amies des Aînés repose sur cette logique d’écosystème, en prenant en compte aussi bien les questions des bâtiments et de la mobilité, que des loisirs, de la culture, du lien social ou encore de l’accès à l’information.

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