Roland Condor, titulaire de la chaire Modèles Entrepreneuriaux en Agriculture (MEA) et professeur associé à l’EM Normandie s’est immergé pendant une journée dans l’univers de la ferme hélicicole de Vailly et de la ferme aquacole du Ham, deux exploitations normandes atypiques implantées dans le Bessin. A ses côtés, Marie-Hélène Duchemin, directrice académique du M2/MS Start up et Développement Numérique et professeur assistant en marketing à l’école. Des rencontres et des découvertes captivantes pour les deux enseignants-chercheurs qui ont ainsi pu appréhender les difficultés rencontrées par ces agri-entrepreneurs et mieux cerner la façon dont ils pourraient/peuvent les accompagner dans le cadre des activités de la chaire MEA.

 

Bienvenue dans les fermes new generation !

La ferme aquacole du Ham à Etréham est l’une des premières du genre en Normandie ! Elle a été créée par deux femmes, l’une psychothérapeute, l’autre informaticienne qui ont un jour décidé d’opérer une reconversion professionnelle pour revenir au plus près de la nature en travaillant des produits bons pour le corps et l’esprit. Elles se sont donc lancées dans la culture de la spiruline, une micro algue apparue sur terre il y a des milliards d’années. Élevé en quelques années au rang de « super algue », ce nouvel aliment riche en protéines végétales et en apports énergétiques présente aussi l’avantage d’être écologique, sa production consommant peu de ressources naturelles.

 

 

Autre exploitation, autre ambiance : la ferme hélicicole de Vailly à Tracy sur Mer est spécialisée dans l’élevage d’escargots. Les gastéropodes sont ensuite préparés avec soin dans la cuisine du laboratoire et vendus prêts à la dégustation à la boutique de la ferme et sur les marchés.  Avec cet exemple, à bas les conventions et vive l’innovation ! L’initiative vient en effet d’un jeune couple qui a choisi d’opérer une reconversion professionnelle voilà deux ans pour se lancer dans cette aventure dans une région qui n’est pas dédiée à l’élevage de l’escargot mais bien celle d’entrepreneurs audacieux dotés de suffisamment d’audace pour développer de nouveaux business là où on ne les attend pas nécessairement.

 

Construire sa nouvelle vie et son business model : un choix difficile

Nos échanges avec les propriétaires des deux fermes révèlent des similitudes en termes de parcours entrepreneurial :

  • La définition d’un nouveau projet de vie basé sur la liberté et le retour à la terre ;
  • Des choix familiaux qui interagissent avec les choix stratégiques et tactiques ;
  • La recherche d’opportunités entrepreneuriales et d’innovations en termes de marchés et de localisation ;
  • Le montage d’un business plan.

Sur le sujet de la difficulté d’entreprendre, ces agri-entrepreneurs semblent partager les mêmes interrogations :

  • Comment s’imposer en restant petit ?
  • Grandir, oui mais comment financer sa croissance ?
  • Comment exploiter le digital et les nouveaux modèles tels le Digital Native Vertical Brand pour avoir une force de frappe locale, nationale, voire internationale ?
  • Comment rivaliser avec des concurrents des pays à bas niveaux de salaires tels que les pays de l’Est pour les escargots ou les pays asiatiques pour la Spiruline ?

 

The way of life : le moteur principal de l’entrepreneuriat agricole

Ces questionnements et ces parcours de vie nous montrent que ces néo-paysans suivent un parcours hybride, commun à celui des entrepreneurs en général et des agriculteurs. Ils empruntent un chemin propre aux entrepreneurs en se posant d’abord des questions en termes de projet de vie, puis en élaborant une étude de marché afin de choisir la production la plus appropriée et enfin, en montant un business plan afin de déterminer la stratégie. Ensuite, ils s’interrogent sur la manière de croître pour atteindre une taille critique. La croissance passe parfois par des changements de gouvernance et donc par une perte d’indépendance. Entre indépendance et croissance, il faut quelquefois choisir…

Leur dessein présente néanmoins des caractéristiques propres au monde agricole. La nature est notamment au cœur des projets entrepreneuriaux agricoles. De l’élaboration du projet de vie au business plan, elle constitue le fil conducteur de l’entrepreneur. Chez les agriculteurs, qu’ils soient néo-ruraux ou non, le projet de vie est souvent lié au besoin de vivre pleinement la ruralité. L’entrepreneur se décide ensuite à devenir agriculteur, c’est-à-dire à produire et à vendre des biens issus d’un travail avec la nature. Par la suite, il doit trouver une ferme disponible dotée des attributs naturels nécessaires à son projet. Enfin, il doit gérer au quotidien la nature qui l’entoure : la météo, les cycles biologiques, la fertilité des sols, les aléas climatiques, le développement durable, etc.

La famille constitue également un élément déterminant dans les projets agricoles. Chez les néo-paysans comme chez les agriculteurs expérimentés, elle joue un rôle important dans les décisions stratégiques et opérationnelles. Chez les néo-paysans, l’installation à la campagne résulte d’une décision familiale et, plus généralement, d’une aspiration à davantage d’harmonie entre vie professionnelle et vie personnelle.

On retrouve ainsi le principe de « way of life » : un besoin de retour aux sources, non seulement pour soi mais aussi pour sa famille. C’est sans doute ce qui rassemble les néo-paysans et les agriculteurs de souche et qui rend les projets entrepreneuriaux agricoles si spécifiques.

 

Roland Condor, professeur associé à l’EM Normandie

Marie-Hélène Duchemin, professeur assistant à l’EM Normandie

 


A propos de la chaire Modèles Entrepreneuriaux en Agriculture

Le monde agricole est depuis plusieurs années confronté à de profondes mutations telles que la globalisation, les crises, les enjeux écologiques et de santé publique ou encore la digitalisation qui modifient la manière d’entreprendre des agriculteurs. On voit ainsi émerger de multiples modèles entrepreneuriaux (croissance par volume, stratégies de niche, diversification, internationalisation, recours à l’économie collaborative…) dont certains représentent une rupture avec les approches traditionnelles.

L’EM Normandie s’est associée à Cerfrance, le Crédit Mutuel Normandie, Groupama Centre Manche et la Chambre Régionale d’Agriculture de Normandie pour lancer en octobre 2018 la chaire « Modèles Entrepreneuriaux en Agriculture » (MEA) dont la mission est d’explorer ces nouveaux business agricoles et de les faire découvrir à ses étudiants et au grand public.

 

 


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