Carbon Farming : quezako ?

Photo : Carbon Farming : quezako ?

La chaire Modèles Entrepreneuriaux en Agriculture de l’EM Normandie organise la première Convention d’affaires sur les Fermes Bas-Carbone le 03 novembre à Yvetot en Normandie. Cet évènement s’inscrit dans le cadre du « Carbon Farming », approche prônée depuis plusieurs années par diverses instances internationales et reprise récemment par Emmanuel Macron lors d’un déplacement dans le Loiret[1]. Littéralement, le Carbon Farming renvoie à la séquestration du carbone en agriculture. L’occasion de se demander quels sont les enjeux du Carbon Farming pour les agriculteurs et la Société en général ?

L’agriculteur : un émetteur et un stockeur de gaz à effets de serre

L‘agriculture est à la fois responsable et victime et du réchauffement climatique. Responsable car elle émet près de 20% des gaz à effet de serre[2], lesquels sont composés de méthane, issus notamment de l’élevage, de protoxyde d’azote, issu des épandages d’engrais et de dioxyde de carbone provenant de la consommation d’énergie fossile à la ferme. Victime car le réchauffement climatique entraîne des épisodes météorologiques fatals à certaines exploitations agricoles : gels tardifs pour les vignobles, sécheresses pour les grandes cultures, inondations altérant les sols, etc. La lutte contre le réchauffement climatique est donc un enjeu important pour les agriculteurs mais aussi pour la Société en général. Des solutions doivent ainsi être proposées pour réduire les gaz à effet de serre issus de l’agriculture et pour transformer les agriculteurs en séquestreurs de carbone.

Les solutions pour décarboner l’agriculture et stocker du carbone

Le Carbon Farming peut se présenter sous différentes formes observables notamment dans l’élevage et les grandes cultures. Dans l’élevage, des leviers en matière de nutrition animale peuvent être actionnés. De multiples études sur les bovins montrent, par exemple, qu’une alimentation plus riche en céréales ou en graines de tournesol et moins riche en soja ou ensilage de maïs réduit la quantité de gaz produite par l’animal au moment de la digestion. Le recours à certains additifs est aussi préconisé. Des recherches sont également menées pour identifier les animaux génétiquement plus enclins à produire du méthane. Autre solution pour décarboner : la méthanisation agricole, procédé consistant à récupérer les déchets agricoles et agroalimentaires pour en faire du biométhane sous cloche, à partir de l’action de bactéries. Dans les grandes cultures, l’agriculture de conservation des sols se développe à grande allure. Il s’agit d’une méthode de culture basé sur les couverts végétaux (pour éviter que le sol soit à nu), la rotation des cultures et l’abandon du labour (remplacé par l’action naturelle des vers de terre). Des recherches citent également le recours à des biofertilisants comme le biochar, l’application des principes de l’agroforesterie ou encore la sélection génétique de plantes. Il existe également d’autres approches utilisées dans d’autres filières agricoles.

A la recherche de la ferme idéale bas-carbone

Comme dans bien d’autres domaines, chaque réseau d’agriculteurs, chaque territoire, a ses propres recettes pour décarboner l’agriculture, ce qui passe parfois par le rejet ou simplement par l’ignorance de solutions alternatives. Or, si on veut vraiment décarboner l’agriculture, une vision globale de la ferme bas-carbone doit être défendue, et même une vision RSE (Responsabilité Sociétale d’Entreprise). Ainsi un agriculteur qui se lance met en place des méthodes de production bas-carbone mais qui utilise des circuits de distribution de produits locaux peu vertueux sur le plan environnemental n’est pas complètement décarboné. Par ailleurs, des synergies existent comme utiliser des panneaux solaires sur les bâtiments d’élevage à côté d’unités de méthanisation. Il faut donc identifier tous les leviers possibles et construire une stratégie de Carbon Farming cohérente qui permette à l’agriculteur de lisser l’effort et les moyens dans le temps. Cela passe par une connaissance large de tous les leviers, des retours d’expérience et des échanges entre agriculteurs et avec des professionnels de la décarbonation. C’est tout l’enjeu de cette convention d’affaires.

Auteur(s)
  • Photo :

    Roland Condor Titulaire de la chaire MEA - Professeur associé en entrepreneuriat

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